:: L'Esprit et l'Enfant, extraits d'oeuvre ::

 
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Alidae Fern


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Message Posté le: Mer 27 Juin - 17:26 (2012)    Sujet du message: L'Esprit et l'Enfant, extraits d'oeuvre
(Voili voilou ! Je ne pourrais vous les présenter qu'en extraits - c'est un manuscrit que j'ai en sérieux projet d'édition - mais j'aimerais avoir votre avis sur le début et les quelques pistes que je pense prendre. L'un des personnages principaux a été directement inspiré d'un personnage que vous connaissez bien, et comme une partie de mon inspiration est venue de ce forum, je me suis dis que c'était normal de vous en laisser un petit goût ! Il y aura des choses que vous aurez du mal à comprendre du coup, au pire je vous résumerais. Bonne lecture !)









L'esprit et l'enfant





Chapitre I






L'essence même de l'univers est insaisissable pour les pauvres consciences humaines. Une myriade d'étranges galaxies sur un espace de voile noir s'étendant à l'infinité. Une infinité de spirales temporelles bien distinctes et jumelles pourtant. Un nombre inconnu d'espaces-temps potentiels ou possibles. Certains textes anciens en évoquent la probable existence pour justifier des faits étranges comme une relative influence du destin, de ses fils et de ses aiguilles. Une immensité de possibles, de non-réalisés, de ressemblances et de différences que seule l'imagination est capable de gagner l'espace de quelques instants. Le caractère éphémère d'une vie, une grande vie comme une vie simple. Ces petits êtres fragiles comme le roseau, face à la tempête temporelle, figurines de glaise qui retomberont toujours en poussières. Laissez moi vous narrer un de ces récits de vie et de mythes qui glissent au grès des bises aériennes, jusqu'à murmurer à nos oreilles leurs paroles enchanteresses.

Un espace temporel perdu parmi tout le champs existentiel du possible. Si proche de l'histoire que nous avons connue, et pourtant très similaire. Un espace-temps qui se rapprocherait de cette époque rurale et chevalière, seigneuriale. Il était donc une fois une terre perdue dans les méandres des histoires. Une région disputée par plusieurs royaumes, une terre déchirée, une terre de conflits. Voilà des siècles que deux cultures se disputaient le droit de vivre et d'exister sur les mêmes terres : l'une, ancienne, aux origines perdues dans l'infinité du temps, était composée de petites villes paisibles, autonomes, des peuplades proches des existences spirituelles plus que de la modernité d'autres civilisations, conservatrices et gardant de bien étranges secrets. La seconde, plus jeune et plus massive, était organisée en puissantes cités fortifiées à la médiévale, avec ses seigneurs à la place des chamanes, ses chevaliers à la place des guerriers. Mais les religions vinrent enflammer les braises qui couvaient sous la cendre des siècles après les conflits originels meurtriers pour les deux peuplades. Le roi fit monter une puissante armée spécifique à la traque de l'hérésie, aux païens, aux moutons égarés et contaminés, réunissant les jeunes nobles vigoureux et les plus talentueux des exorcistes. On connut cette armée sous le terme des « Chevaliers du Vent de Vérité », aussi connus chez leurs ennemis comme les « purgateurs » ou encore les « bouchers » du roi Marc II, l'élu de Dieu, habillés de bleu de lagon et du blanc de la fleur de Lys du royaume saint.


« Allez, il est temps pour vous de conquérir la gloire de vos propres mains. Ne nous décevez pas, fils, nous attendons beaucoup de vous, Aïlin. Honorez la maison qui vous a vu naître, celle de votre sang et vos glorieux ancêtres ! »

Ces mots du père sévère et strict, descendant d'une longue lignée de défendeurs du « Vensi Veritae », de l'intégrité des mœurs et de la sécurité des terres, résonnaient en boucle dans sa mémoire et son esprit. Il fallait chasser les impies, coûte que coûte. Un matin brumeux de Décembre. Une escouade des guerriers de bleu et de blanc chevauchait avec prudence dans l'air piquant de ce début de journée, les sabots des équidés frappant avec vigueur le manteau blanc et frigide de la neige hivernale, les armures et les armes des guerriers cliquetant en de légers tintements de métal dansant libre au grès des mouvements de la créature. Le meneur du petit groupe, un solide général très fortement bâti, au visage dur mais aisé, des yeux bruns perçants à l'instar de ceux de l'aigle, des cheveux auburn coupés très court à la manière des militaires, fit arrêter son cheval et se tourna vers les guerriers tout en ordonnant d'une voix sèche et bourrue :

- En garde, soldats ! Nous approchons de l'objectif ! Vous connaissez tous votre besogne, alors faites moi cela vite fait et bien fait, compris ? Ces suppôts du diable ne doivent rien vous inspirer sinon du mépris et de la haine. Vous m'avez entendu ?

Tous les chevaliers se tinrent au garde à vous pour répondre en chœur un « oui » ferme et affirmatif, à l'exception d'un jeune chevalier aux traits masqués par un heaume noir et argenté, aux armes d'une maisonnée de la seconde contrée, symbolisée par la fleur de l'orchidée d'argent sur fond noir, assistée par un vaillant loup aux yeux étincelants. Il semblait perdu dans ses pensées et fut sèchement rappelé à l'ordre par le supérieur :


- De la Laige ! Cela s'adresse aussi à vous, soldat ! 

Il sursauta brutalement, arraché à ses pensées, et murmura une excuse discrète sous les rires de ses collègues. Un autre chevalier, sur un fier et fort destrier, s'approcha de lui, aux armes d'un lion d'or brodé sur le bleu avec une fleur de lys, et lui glissa avec une prudence infinie :

- Aïlin... vous devriez être plus attentif, sinon un jour il va vous arriver des ennuis... déjà qu'il n'a pas une haute opinion de vous et éprouve une forte jalousie à votre égard...

Il devinait sans mal quel visage se cachait derrière ce heaume : celui de son meilleur ami, ami depuis la plus tendre enfance, Kay du Boisdairun. Un jeune homme aux cheveux d'un blond presque châtain et aux yeux d'un étrange vert d'émeraude lumineux, clair et frais. Leurs parents avaient tenu dès la plus tendre enfance à ce qu'ils apprennent et grandissent ensemble, sous les mêmes maîtres et les mêmes enseignements.

Les deux jeunes gens étaient désormais inséparables. Ils menaient les mêmes campagnes de guerre, les mêmes croisades, se soutenaient mutuellement devant l'horreur des faits qu'ils devaient parfois accomplir au nom des intérêts de leurs familles et de leurs ordres. Aïlin hocha silencieusement la tête, se préparant au combat qu'ils allaient mener contre les parias. Les ennemis de la bonne religion, et ainsi du royaume, les hérétiques, les ennemis de son père et de sa famille. Il ferma les yeux juste avant la charge. Allons, cela n'allait pas être plus terrible que les autres fois... toutes les autres fois...

La charge embusquée fut terrible pour le petit village traditionnel. Tout était si confus autour de lui, les ennemis savaient comment se défendre, bien qu'ils leur fussent nettement supérieurs en armes (?) et en nombre. Alors pourquoi ? Il avait beau être dans les lignes arrières, il voyait tout. Les premières lignes se faisaient massacrer... et Kay ? Et lui ? S'en sortirait-il, lui qui ne renonçait jamais à un combat, un vrai fauve au combat, digne et fier, obstiné, refusant la défaite ? Il n'en savait rien, mais ne devait pas y penser. Son acuité s'en verrait cruellement affectée. Rester distant de la réalité de la bataille, ne pas avoir peur, rester brave... ne pas s'enfuir, rester brave... rester... Sans réfléchir il avait préparé son arc et s'était mis à l'action, faisant déferler sur foule d'ennemis des flèches mortelles au cou ou dans les rares espaces non protégés par les armures et les autres protections si minces des adversaires. La portée n'était pas bonne, les ennemis se rapprochaient de leur position. Ce n'était pas bon signe. Cela ne pouvait pas être bon signe. Cela...


«  Attention, ils le lâchent vers nous ! Quittez la zone immédiatement ! Rompez les rangs ! »

Alerte. Il fallait qu'il bouge... ah la carne, pourquoi son cheval ne voulait-il pas bouger ! Son destrier... il baissa le regard un instant, son animal avait les oreilles couchées sur le crâne et tremblait entre ses jambes. Un danger ? Une lumière aveuglante... une forme floue... le hennissement strident de son équidé. Pourquoi... la forme fondait vers son escouade... les autres archers paniquaient... aveuglement... la sensation du cheval qui se cabre sans raison face au danger... un souffle brûlant et d'une puissance étrangère et inquiétante... les flammes infernales ? Projeté... Projeté comme une vulgaire poupée de chiffon. Impuissant. Choc brutal longtemps après, douleur lancinante. L'odeur du sang... les cris de panique...

Aïlin était complètement sonné, perdu l'espace de quelques instants déjà bien longs. Il avait si mal... mais le sentiment d'urgence était encore bien présent. L'odeur de la mort... Il ne devait pas rester inactif ! Le jeune homme avait l'impression que tout son corps était enflammé de l'intérieur, douloureusement, comme un incendie corporel. Tout ce sang... ce sang ? Il ouvrit difficilement les yeux, c'était si sombre, si flou...

Pourquoi cette sensation d'écrasement ? De sa poitrine compressée ? Il devait savoir... il devait bouger.... et cette puanteur, cette odeur âcre et putride à la fois... ses mains cherchant à l'aveuglette le moyen de respirer convenablement en ôtant le heaume qui l'étouffait. Il voulait survivre et continuer le combat. Continuer... continuer... un noir à la chaleur infernale, et affreusement bruyant, terrifiant...

Il n'aurait pas dû se précipiter pour ouvrir les yeux. La lumière était affreusement agressive à ses prunelles, il avait immédiatement refermé avec douleur les paupières tendues, les sourcils froncés sous une douleur croissante qu'il essayait de faire taire, les dents crispées, la mâchoire tendue. L'odeur ne s'arrangeait pas, bien au contraire. La chaleur, l'étouffement non plus... pourtant, il n'avait plus son heaume, alors pourquoi ? Il fallait qu'il retourne au combat... malaise. Il ne se sentait pas bien. Quelques minutes... voilà... il essaya de nouveau d'ouvrir les yeux, et les prunelles noisettes finirent enfin par endurer le supplice de la lumière déclinante de la fin de journée. Flou... le monde était alors si flou... et pesant. Oh oui, pesant comme jamais, complètement cloué au sol. Beaucoup de bruit, tout autour de lui, partout. Du fer. Du feu. Des cris. Des pleurs. Des... était-il déjà aux enfers ? Non, il n'avait rien fait pour mériter un tel sort, pour que l'affreux Leviathan ne vienne chercher son âme pour l'y plonger en des ténèbres éternelles, glacées et.... infinies. Infini... l'obligation de respirer lui assura que ce n'était en rien le cas : il était encore vivant, pour combien de temps, il ne le savait pas, mais il était encore vivant du moins... Seigneur....


- Qu'est ce...

Un corps immonde et abominable lui broyait l'abdomen, l'oppressait, l'empêchait de respirer et de réfléchir convenablement. Il devait s'en défaire... mais l'effort lui semblait surhumain. Il ne se laisserait pas entacher par un cadavre ennemi ! Son adversaire... un païen... affreux ! Pour une fois il dégaina son épée, celle de sa famille, transmise de génération en génération à l'héritier mâle de la maison, celle à laquelle on prêtait par tradition des capacités magiques.

Son père lui avait bien indiqué de ne la tirer qu'en cas d'extrême urgence, ce qu'il avait trouvé particulièrement exagéré. Il ne croyait pas en la magie de ce genre, puisqu'il traquait les parias qui s'en réclamaient utilisateurs. Il n'était – au grand dam de ses aïeux – pas un épéiste de nature mais un archer, ce qui lui avait valu bien des moqueries des familles adverses et des nombreux cousins qui convoitaient sa place. Conscient de cela, son père l'avait placé dans les troupes répressives du « Vensi Veritae » pour qu'il y gagnât de l'expérience et de l'autorité dans la hiérarchie de la famille. Faire partie de ce groupe était un honneur et un privilège, la gloire assurée pour le dernier descendant d'une famille couverte de lauriers depuis des générations.

L'épée ne payait pas de mine à première vue, elle pouvait se fondre parmi les lames classiques des badauds, sa seule spécificité étant de s'habituer au porteur qu'elle avait choisi : trop lourde pour les autres, elle devenait légère pour l'heureux élu. Ce qui avait été loin d'enchanter ses cousins lors de la cérémonie d'héritage, avec les inquiétantes paroles du prophète de sa maison qui étaient ancrées dans un coin de sa mémoire :


« Lion et loup soutiennent la patrie, la paix et l'ordre du monde. Viendraient-ils à s'entredéchirer que le chaos rugirait sur ces terres et arracherait la moindre parcelle de vie. Le crépuscule du royaume tombera le jour où s'écoulera leur sang, et leur dispute sera l'apocalypse de la nation, seront séparés ceux qui ne devraient jamais l'être. Les amis d'hier seraient les ennemis de demain. Lilith la démone de sang pervertira l'âme d'un des gardiens de ce temps. Les cinq autres épées sauraient alors se dresser pour purifier le péché qui aura été commis dans l'une des bêtes sacrées. »

Se relever. Allez... l'épée lui donna le courage et la force nécessaires pour repousser le corps qui était sur lui, le soulever suffisamment longtemps pour qu'il puisse se traîner en dehors de l'étau, du piège bestial qui l'oppressait. Effort surhumain. Enfin... de l'air. De l'air ! Le torse libéré, mais la poitrine douloureuse... confusion la plus totale. Ce n'étaient plus des hommes. Des monstres. Il se rendit enfin compte de l'horreur de la situation. Un village, tout ce qu'il y a plus rural, tout ce qu'il y a de plus normal. Cela aurait pu être le village qui était le fief de son castel. Du château qui serait le sien dans quelques années. Cela aurait pu être ses sujets. Ils... ils tuaient des civils ? Pas des chevaliers, ni des sorcières mais... des hommes ? Des femmes ? Et... des enfants ? Des enfants ! Des gueux, mais des enfants quand même ! Des meurtriers qui... et il en faisait partie. Il était un de ces bouchers sans âme. Il vacilla, hésita, avant de s'appuyer contre le mur d'une masure... il ne se sentait pas bien... si nauséeux tout d'un coup...

« Monstre ! » « Horreur ! » « Honte à toi ! »

Ces voix... d'où venaient-elles ?! Le jeune chevalier ne tarda pas à ranger son épée pour reprendre l'arc qui lui était si fidèle et armer une flèche. Il se sentait menacé. Pourtant aucun ennemi proche n'était en vue, tout autour de lui n'était que mort, puanteur, charogne et pourriture... Ces voix...

« Entend nos cris de douleurs » « Puissent-ils te hanter à jamais ! » « Soit maudit meurtrier ! »

- Je deviens fou... la folie me guette, je...

Le guerrier se sentait comme encerclé de part et d'autres par des présences hostiles et invisibles, oppressantes. Vulnérable contre cette menace insaisissable qui émanait du lieu qu'ils attaquaient. Se rassurer, il devait se rassurer, contrôler sa peur ou ses ennemis le contrôleraient par elle... ne pas se laisser contrôler par elle...

- Je dois reprendre mon calme. Ce ne sont que des trucs de magiciens. Si je n'y crois pas, ils ne m'affecteront pas. Des illusions. Des mensonges de personnages que je dois faire taire.

« Tu ne pourras pas être sauvé ! »

Tendu, ses mains pourtant expertes tremblaient sur le bois de son arc. Que faire ? Il ne fallait pas qu'il reste dans ce charnier ! Avec une certaine nervosité il exécuta une judicieuse retraite vers là où devaient se trouver les soldats survivants du « Vensi Veritae » continuant d'effectuer la tâche à laquelle ils avaient tous été assignés par sa majesté le roi en personne. Il courut ainsi à travers les rues démolies, les maisons effondrées ou se consommant dans les flammes de la purification, élevant vers le ciel de sinistres volutes d'un gris de tempête. Le sol pavé était brûlant au toucher, même protégé par la semelle en cuir de ses bottes il pouvait le sentir dans le vent de sa course. Il étouffait. Tout en ce lieu l'étouffait. Autant la cendre et les fumées dégagées par les incendies du village impie que cette présence ennemie et invisible qui semblait le pourchasser, le suivant comme son ombre... cette oppression... il se rendit peu à peu compte qu'il s'enfuyait à l'aveuglette sans jamais trouver les siens. En terre ennemie.... il se figea tout d'un coup. Observa les alentours qui se troublaient de minute en minute... ou était-ce sa vision qui lui faisait peu à peu défaut ? Pas le temps de méditer là dessus : l'archer savait qu'il devait toujours être en mouvement pour survivre. Mais où aller ?

Les clameurs du combat semblaient surgir de part et d''autres, et les hurlements de souffrance portaient toutes ses perceptions à confusion. Où aller ? Il ne savait vraiment pas où aller, alors il se décida au hasard, fuyant les voix qui rongeaient son esprit, s'engageant dans une ruelle dévastée devant à l'époque être importante. Toute la majesté d'une civilisation – ennemie, certes – démolie en quelques heures par leurs soins, et pour quelle raison ? Suivre les ordres du monarque, suivre les lois de leur croyance et celles dictées par leur orgueil.... qu'est ce qui était juste ? Qu'est ce qui ne l'était pas ? Au fond, la vrai question était... qu'est ce que la justice, le juste ? Il n'était qu'un simple archer ; bien que noble, il n'avait pas la réponse à ces interrogations sans fin. Pourquoi tout d'un coup avait-il ces doutes, ces remords, ces pensées ?

C'est alors que s'offrit à ses yeux une scène dont il n'aurait jamais réalisé l'effroi sans ces voix et ces questions dans son esprit. Un homme et une femme ennemis, inermes, épuisés et sérieusement blessés, en position de reddition. Une femme enceinte, fragile, vulnérable. Menacés par des soldats de la troupe des purificateurs du roi. Tapi contre un mur, il observa la scène avec hésitation, ne sachant pas quoi faire. Analyser la situation pour se rassurer. Cinq hommes, n'étant pas Kay. Des fantassins, épées lourdes, double épée et épée moyenne avec bouclier. Très bien. Il pourrait les tuer s'il le voulait et n'était pas repéré. Il savait où frapper pour abattre ce genre d'ennemis. Il arma son arc, tendit la corde, trois flèches armées. Aïlin tremblait légèrement, hésitant du haut de ses seize ans. Promis à une fiancée qu'il ne connaissait pas, s'il assurait cette mission, il aurait sa place dans la Bonne Société de Cours Intime du roi. Il gagnerait sa vie sans autre peine que la guerre, ainsi que des honneurs... oui mais... où allait l'honneur dans tout cela ? L'honneur que l'on défendait avec tant de fierté dans les livres d'instruction de son enfance ? Quelle voix intérieure devait-il écouter ? Il fallait se décider, mais devant une telle question...

La flèche avait sifflé dans l'air avant même qu'il ne le réalise. Il n'avait même pas eu la volonté de relâcher la corde que déjà cette dernière avait échappé à ses mains et vibrait encore de l'action dont il n'avait pas eu conscience d'être l'origine. Seigneur... le visage du jeune homme perdit toutes ses couleurs alors que le son de la percée du fer de la flèche dans la chair tendre du cou non protégée par les mailles, ainsi que celui diffus d'un corps qui choit au sol se faisaient entendre . Le temps sembla se figer l'espace de quelques secondes, avant qu'une voix ferme ne lançât en sa direction :


- Ah espèce de vilain ! Traître de maraud ! Attends que je te débusque, que tu tâtes du fer de ma lame ! Vivien, va avertir le capitaine !

Danger imminent, pourtant les couleurs se précisaient comme être celles de son propre camp. Non ! Il avait tué l'un de ses camarades, crime impardonnable ! Mais pouvait-il laisser de pauvres gens inermes être injustement malmenés par des soldats ? Non... le jeune archer, sans l'abri de son heaume dévasté, glissa sa capuche sur son son visage, pour gagner du temps avant la fatale reconnaissance. Maintenant que le destin avait guidé sa main...

- Si l'enfer et la damnation m'attendent au devant, autant terminer ce que j'ai commencé... et défendre mes valeurs !

Il tira une nouvelle flèche, détournée de justesse par l'agresseur à l'aide de son bouclier, avant de se hâter d'en tirer une seconde, cette fois atteignant son but et laissant le corps de sa victime s'effondrer sur le sol brûlant, poussiéreux et chaotique. Le couple. Ils allaient se remettre en posture de défense quand il leur cria, tirant un troisième trait meurtrier sur un soldat du groupe des bouchers. Bouchers desquels il faisait désormais partie, à sa grande honte :

- Venez, il ne faut pas rester là si vous ne voulez pas être tués ! Il vous faut quitter le village, je vais vous y aider. Je vais les retenir, vous devez vous enfuir !

Les flèches glissaient dans sa main avant de filer, portées par le souffle du vent, en de mortels traits non de flammes mais de fer, non de Éros Archer mais de sa sœur jumelle et inséparable, Thanatos l'implacable. Pourquoi lui faire confiance, lui demandaient-ils. Ces imbéciles, il aurait put les tuer sans l'ombre d'une hésitation, et maintenant ils refusaient son aide. Pouilleux, misérables pouilleux... mais des pouilleux humains, de ... lointains cousins. Ils restaient humains malgré tout...

- Au lieu de poser des questions, disparaissez avant que je ne change d'avis !

Il avait une conscience tout de même ! Ses prunelles noisette se montrèrent plus insistantes comme les deux êtres vilains n'esquissaient pas le moindre geste. Un échange de regards. Un message muet. Un hochement de tête de remerciement de l'inconnu. Formulation d'une promesse sans mots, sans voix. Faire face à son destin. Distraire les soldats. Il le réussirait, savait qu'il arriverait avec une large avance au rendez-vous inévitable de la Grande Faucheuse.

Il n'aimait pas faire les chose à moitié, quitte à chuter dans les tréfonds des Feux Infernaux, il préférait aller jusqu'au bout de ses idéaux et de ses valeurs. Aïlin était ainsi. Aïlin de la Laige, héritier de la maison au blason de loup d'argent et de noir. L'aîné qui perdrait tout sous l'influence d'une seule et unique décision ... à cause du désir de préserver sa conscience et son humanité...

- Qui est l'imbécile qui a retourné sa veste ? Halte, vous êtes cerné ! Dévoilez-vous, traitre !

Seul contre des centaines de soldats drapés de bleu et de blanc. Il ne disait mot, il n'avait rien à dire. Il ne voulait pas se considérer comme inférieur à ces tueurs sans vergogne. Ces assassins sans honneur, au lys qui lui donnait mal au cœur. Le lys, fleur royale, fleur de pureté... pour de telles actions ! Il remit l'arc sur son épaule pour tirer avec lenteur et un léger sifflement dans l'air l'épée de son fourreau. Il ne se rendrait pas. Il connaissait les règles, il était trop tard pour revenir en arrière. Complicité avec l'ennemi. Peine de mort droit devant, trahison de la patrie...

- Cette épée... c'est celle du jeune de la Laige ! Manant, comment as-tu pu t'emparer de cette lame bénie ! Elle n'accepte normalement aucune main de vilain de ton espèce !

Il ne répondit pas à la question, alors que les deux protégés n'étaient plus perceptibles dans son champs de vision. Il n'y voyait aucun intérêt, si le capitaine daignait utiliser correctement la puissance de son cerveau, il comprendrait bien vite qu'il avait tiré la mauvaise conclusion. A contrario, il posa une autre question, tandis que sa main libre s'emparait de sa capuche pour révéler avec courage son identité :

- Tout comme réaliser ces basses et viles besognes n'est pas digne pour cette sainte épée et celles qui partagent sa destinée, Sire De Morales. A quoi bon les beaux principes si l'on ne les met pas en application , messire ?

Tout les soldats semblaient pétrifiés. Cela n'étonna guère Aïlin au fond : il avait toujours été considéré comme le parfait fantassin obéissant au moindre ordre, et ce depuis ses quatorze ans et la fin de sa formation militaire. Il n'affichait pas sa peur, pourtant il aurait préféré continuer sa vie paisiblement. Rester ferme pour honorer encore un peu sa maison. L'archer tint bon devant les accusations grondantes de ses anciens pairs, alors que le capitaine poursuivait en beuglant de sa voix de stentor :

- Vous me décevez grandement, de la Laige. J'espérais beaucoup de vous, en raison de vos qualités et de l'éclat de la famille dont vous descendez. La folie de ces gens a dû vous contaminer. Je n'ai aucune haine pour vous, pauvre victime de leurs sortilèges ! Nous allons purifier votre corps et libérer votre âme pour qu'elle rejoigne notre Dieu. Je suis au regret de vous perdre, sincèrement...

Maladive hypocrisie de la société. Il savait très bien lire entre les lignes, au cœur même des mots utilisés. Le capitaine essayait de couvrir sa bévue en l'éliminant sur place plutôt que d'endurer un procès et une exécution sommaire qui entacherait la réputation de la haute famille du jeune homme. Il ne se laisserait pas tuer. Oh que non. Un des soldats s'approcha de lui, sous l'ordre du supérieur, dans l'intention de le tuer, mais Aïlin fut plus prompt que prévu et l'abattit avant que le moindre mal ne lui soit fait. Il y eut comme un vent de panique. Aïlin de la Laige était tout particulièrement connu pour sa précision infaillible et sa rapidité, et ce en dépit de sa morphologie légère, il restait un bretteur honorable quand il se sentait en danger. Il sentit la fin approcher, alors qu'il se défendait contre tous. L'ordre du capitaine était inébranlable.

- Tuez-le. C'est un traître à la nation. Il a été corrompu, ce n'est que notre devoir de le purifier par le fer. Nul procès pour ce genre de cas, ordre du roi. Son sacrifice servira une cause bien plus grande pour notre majesté...

Il ne s'était autant jamais entaché les mains que ce jour-là. Autant de son propre sang que de celui de ses ennemis, anciens alliés avant qu'il ne change ses couleurs, qu'en raison de son humanisme il ne détruise l'allégeance qu'il avait réalisée envers son pays natal. Mais, ce n'était pas ce qui le préoccupait le plus pour le moment. Jamais il n'avait ressenti autant de haine envers les autres, envers ce responsable de légion qui, faisant passer cela sous la procédure habituelle, en profitait pour assouvir sa jalousie en le mettant à mort. Condamné à mort pour avoir protégé des civils inermes qui s'étaient rendus face à eux, les envahisseurs. Tout se déroulait de manière automatique, machinale. Les réflexes du guerrier, de l'archer parlaient d'eux-mêmes dans un bain de sang métissé, entre le sien et celui de ses ennemis et anciens alliés. Un soldat renégat. Un rogue. Il n'avait aucune intention de mourir, surtout pas pour pareille raison. Mais il ne pouvait pas résister éternellement : il restait humain, donc mortel... donc faillible. Il déchargea toutes ses flèches sur ses assaillants. Ivre de rage, alors que le capitaine venait de lui porter un mortel estoc, il tira une dernière flèche à bout portant, qui alla se ficher en plein cœur du mauvais officier. Cris. Panique. Les autres soldats se ruant sur l'officier blessé à mort. Le retirant du combat. Yeux furieux. Seul...

Il fut laissé seul, promis aux charognards qui se faisaient un festin des charniers des champs de bataille humains. Comme un corps promis à l'état de cadavre putride, comme ceux qu'il avait méprisé auparavant. Mais il était très loin du repos promis par le supérieur. Ils l'avaient abandonné à son sort. Nul n'avait osé prendre ses armes et ses effets, le considérant comme une ante-relique maudite. Si, une fois, son épée... mais comme à son ordinaire cette dernière avait refusé de quitter le flanc de celui qu'elle avait élu pour la porter, qu'il soit fringuant comme un jeune poulain ou agonisant comme une vieille rosse décharnée et ensanglantée. Ironie du sort, promis aux destins les plus élevés, il n'en était tombé que plus bas. Trop humanisé pour ces cieux sociaux inaccessibles. La douleur était tout bonnement insupportable, même pour lui, archer chevronné en dépit de son fort jeune âge. La douleur, ce sentiment détestable qui souvent résultait des âpres guerres entre les hommes et les patries, selon leurs convoitises, leurs croyances, et leur désir de supériorité. Il ne savait plus qui avait raison entre les deux entités en duel, mais peu lui importait sur le moment. Tant que la Mort venait au plus vite le chercher...



[...]


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Message Posté le: Mer 27 Juin - 17:26 (2012)    Sujet du message: Publicité
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Message Posté le: Jeu 28 Juin - 12:36 (2012)    Sujet du message: L'Esprit et l'Enfant, extraits d'oeuvre
Lenia ! Ca me fait plaisir que tu partages quelque chose d'aussi important avec nous ^^
Et je suis aussi très content de constater que tu as déjà beaucoup travaillé sur un projet d'édition.



Ca c'est du premier chapitre, il s'en passe des choses Oo

J'aime beaucoup le personnage d'Aïlin.

En ce qui concerne la narration, je trouve que tes locutions et tournures de phrases sont adaptées au récit épique, je veux dire par là, épique façon Homère.

As-tu déjà pensé à rédiger d'une manière semblable, sous forme d'épopée ? Je suis certain que ça rendrait encore mieux.

Il faut dire que ce qui m'a toujours un peu embêté dans tes textes, c'est la narration très touffue, dont il est facile de décrocher. Puisque tu es très douée en poésie, je pense que si tu fusionnais les deux, cela serait parfait.


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Message Posté le: Jeu 28 Juin - 13:04 (2012)    Sujet du message: L'Esprit et l'Enfant, extraits d'oeuvre
Merci du commentaire !

Heureuse que cela te plaise, je vais prendre en considération tes remarques. Oui, depuis quelques années je mise beaucoup sur la narration, trop des fois. Je vais essayer ce que tu m'as conseillé ^^

J'en livrerais quelques autres extraits après d'autres remarques, s'il y a ^^


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Message Posté le: Aujourd’hui à 12:20 (2017)    Sujet du message: L'Esprit et l'Enfant, extraits d'oeuvre

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